En bref
Une entreprise sur cinq qui dépose ses comptes annuels ne dépose pas l'exercice suivant. C'est la mesure de cette étude, faite sur les 695 019 sociétés commerciales qui ont publié leurs comptes 2022, et elle tient depuis 2018. Le non-dépôt des comptes est pourtant une infraction : toute société commerciale doit déposer ses comptes annuels au greffe dans le mois qui suit leur approbation, deux mois si le dépôt est électronique,12 et cette approbation doit intervenir dans les six mois de la clôture.3 Ne pas le faire est une contravention de cinquième classe,4 soit 1 500 euros d'amende au plus,5 et le président du tribunal peut enjoindre au dirigeant de déposer, sous astreinte.6 La règle est simple, la pratique ne l'est pas : d'après Altares, 55 % des entreprises françaises n'avaient pas déposé leurs comptes en 2023.7
Cette étude ne cherche pas à refaire ce taux. Elle pose une question plus étroite et plus sûre : parmi les sociétés qui ont publié leurs comptes une année, combien ne les publient plus l'année suivante, qui sont-elles, et le silence annonce-t-il quelque chose ? La population de départ est donc la cohorte des déposants d'un exercice, pas l'ensemble des sociétés soumises à l'obligation. Le choix n'est pas de confort : la dernière section montre pourquoi le stock des sociétés « actives » ne permet pas de calculer un taux national honnête.
« Publier » s'entend ici au sens du registre : déposer des comptes que le registre diffuse. Une société qui dépose sous le régime de confidentialité totale réservé aux micro-entreprises n'apparaît pas dans les comptes diffusés ; pour un tiers qui cherche ses chiffres, elle a cessé de publier, et l'étude la compte comme telle, sans pouvoir la distinguer d'une société qui n'a rien déposé. La méthodologie y revient.
Combien d'entreprises cessent de déposer leurs comptes ? Une sur cinq.
Figure 01 · Lecture au 05/09/2026
Depuis 2018, un déposant sur cinq ne dépose pas l'exercice suivant, et un sur sept ne redépose plus du tout
Devenir du dépôt suivant, en % des sociétés commerciales ayant déposé un exercice clos l'année indiquée
- Redépose dans les 18 mois
- Reprend plus tard
- Aucun dépôt depuis
Source : Base Hexagone Leads (comptes annuels déposés au registre, INPI), 4,84 M de clôtures 2016-2022 de sociétés commerciales · Méthode : Redépôt = un exercice clos dans les 18 mois suivant la clôture est déposé ; « reprend plus tard » = un dépôt existe, mais pour un exercice clos au-delà ; « aucun dépôt depuis » au 05/09/2026. Les dépôts tardifs feront reculer d'un à deux points le silence des clôtures 2022 · Lecture au 05/09/2026 Voir les données Masquer les données
| Année de clôture | Redépose dans les 18 mois | Reprend plus tard | Aucun dépôt depuis |
|---|---|---|---|
| 2016 | 77,1 | 8,6 | 14,2 |
| 2017 | 77,4 | 8,4 | 14,3 |
| 2018 | 79,2 | 7,2 | 13,6 |
| 2019 | 79,3 | 7,7 | 13,0 |
| 2020 | 79,1 | 6,6 | 14,2 |
| 2021 | 79,1 | 5,8 | 15,1 |
| 2022 | 79,9 | 4,0 | 16,1 |
| Année de clôture | Déposantes | Silencieuses à 18 mois | dont ont redéposé depuis | Aucun dépôt depuis |
|---|---|---|---|---|
| 2016 | 669 964 | 22,9 % | 8,6 pts | 14,2 % |
| 2017 | 717 365 | 22,6 % | 8,4 pts | 14,3 % |
| 2018 | 697 512 | 20,8 % | 7,2 pts | 13,6 % |
| 2019 | 698 301 | 20,7 % | 7,7 pts | 13,0 % |
| 2020 | 686 460 | 20,9 % | 6,6 pts | 14,2 % |
| 2021 | 679 827 | 20,9 % | 5,8 pts | 15,1 % |
| 2022 | 695 019 | 20,1 % | 4,0 pts | 16,1 % |
« Silencieuse à 18 mois » : aucun exercice clos dans les 18 mois suivant la clôture n'est déposé au 05/09/2026. La colonne « aucun dépôt depuis » recule avec le temps : les cohortes récentes reçoivent encore des dépôts tardifs.
Sur les 695 019 sociétés commerciales qui ont déposé un exercice clos en 2022, 555 518 ont déposé un exercice clos dans les dix-huit mois suivants, et 139 501, soit 20,1 %, ne l'ont pas fait. Le chiffre n'est pas propre à 2022 : de 2018 à 2021, il tient entre 20,7 % et 20,9 %, et les deux premières années de la série, 2016 et 2017, sont un peu plus hautes, à 22,6 et 22,9 %. Un déposant sur cinq se tait l'année suivante, chaque année.
Le non-dépôt n'est pas toujours définitif. Parmi les silencieuses de 2019, lues sept ans plus tard, 7,7 points sur 20,7 ont fini par déposer à nouveau, pour un exercice clos plus tard : dépôt en retard de l'exercice manquant, ou exercice sauté puis reprise. Il reste 13,0 % de la cohorte 2019 qui n'ont plus rien déposé depuis. Pour 2022, la part des retours n'est que de 4,0 points, mais elle monte encore : les dépôts arrivent jusqu'à trois ans après la clôture, comme le montre la section sur les délais.
Un piège devait être vérifié avant tout : une société qui déplace sa date de clôture peut n'avoir aucun exercice clos dans l'année civile suivante tout en déposant normalement. Compter par année civile la classerait « muette ». La fenêtre est donc glissante, dix-huit mois après la clôture, et un exercice de quinze ou dix-huit mois compte comme un redépôt. L'écart entre les deux définitions est nul en pratique : au plus 0,03 point par cohorte. Le piège existait, il ne pesait rien.
Quelles entreprises ne déposent pas leurs comptes ? Petites, jeunes, déficitaires.
Figure 02 · Lecture au 05/09/2026
Sous 100 000 euros de bilan, une déposante sur trois se tait ; au-delà de dix millions, une sur quatorze
Part des déposantes 2022 sans dépôt dans les 18 mois, en %, par total de bilan 2022
Source : Base Hexagone Leads (comptes annuels déposés au registre, INPI), 695 019 sociétés commerciales ayant déposé un exercice clos en 2022 · Méthode : Total de bilan du dépôt 2022 ; 18 009 dépôts sans total de bilan exploitable (25,1 % de silence) ne figurent pas dans la figure · Lecture au 05/09/2026 Voir les données Masquer les données
| Total de bilan 2022 | Valeur |
|---|---|
| Moins de 100 k€ | 33,7 |
| 100 à 500 k€ | 27,8 |
| 500 k€ à 2 M€ | 14,0 |
| 2 à 10 M€ | 10,7 |
| 10 M€ et plus | 7,2 |
La taille est le premier facteur, et le gradient est régulier : 33,7 % de silence sous 100 000 euros de bilan, 27,8 % entre 100 000 et 500 000, 14,0 % entre 500 000 et deux millions, 10,7 % entre deux et dix millions, 7,2 % au-delà. Le chiffre d'affaires dit la même chose, plus brutalement : 28,0 % de silence sous 100 000 euros de chiffre d'affaires, 25,6 % entre 100 000 et un million, 8,7 % au-delà d'un million.
| Profil en 2022 | Déposantes | Silencieuses à 18 mois |
|---|---|---|
| Créées depuis moins de 3 ans | 156 634 | 26,4 % |
| Créées depuis 4 à 9 ans | 182 659 | 22,4 % |
| Créées depuis 10 à 19 ans | 190 351 | 18,0 % |
| Créées depuis 20 ans et plus | 165 375 | 13,9 % |
| Résultat 2022 négatif | 184 935 | 25,1 % |
| Résultat 2022 positif ou nul | 490 030 | 18,0 % |
| SARL et EURL | 283 148 | 22,0 % |
| SAS et SASU | 360 026 | 19,5 % |
| SNC | 9 281 | 16,5 % |
| SA | 8 018 | 10,4 % |
| Autres sociétés commerciales | 34 546 | 12,6 % |
20 054 déposantes au résultat 2022 non lisible (24,8 % de silence) ne figurent pas dans les lignes « résultat ». Les âges sont comptés à la date de création inscrite au registre.
L'âge joue dans le même sens que la taille : 26,4 % des sociétés de moins de trois ans se taisent, 13,9 % de celles qui ont vingt ans ou plus. Une perte aussi : 25,1 % des sociétés déficitaires en 2022 n'ont pas déposé l'exercice suivant, contre 18,0 % des bénéficiaires. Et la forme juridique, mais surtout par ce qu'elle dit de la taille : 22,0 % des SARL, 19,5 % des SAS, 10,4 % des SA.
| Secteur (nomenclature INSEE A10)8 | Déposantes | Silencieuses à 18 mois |
|---|---|---|
| Autres activités de services | 18 907 | 28,2 % |
| Activités immobilières | 42 988 | 24,7 % |
| Information et communication | 25 034 | 24,3 % |
| Construction | 82 462 | 23,2 % |
| Administration, enseignement, santé, action sociale | 20 980 | 21,7 % |
| Activités spécialisées, scientifiques et techniques, services de soutien | 127 774 | 21,2 % |
| Agriculture | 7 460 | 20,6 % |
| Commerce, transports, hébergement, restauration | 211 024 | 19,9 % |
| Industrie | 62 150 | 15,1 % |
| Activités financières et d'assurance | 95 765 | 14,2 % |
475 déposantes sans code d'activité exploitable (28,4 % de silence) sont dans le total, pas dans le tableau. Les activités financières comprennent les holdings.
Par secteur, l'écart va du simple au double, des activités financières (14,2 %, où pèsent les holdings, qui gardent un bilan à déposer tant qu'elles détiennent quelque chose) aux autres activités de services (28,2 %). L'immobilier, l'information et la communication, la construction dépassent 23 %. Ce sont, à peu de choses près, les secteurs où les structures sont les plus petites.
Une entreprise qui ne dépose plus ses comptes est-elle fermée ? Trois fois sur quatre, non.
Une entreprise qui ne dépose plus ses comptes a-t-elle fermé ? Le partage des 139 501 silencieuses de 2022, lu au registre le 5 septembre 2026, répond, et c'est le cœur du sujet.
| Situation au registre au 05/09/2026 | Silencieuses | Part |
|---|---|---|
| Toujours actives | 108 371 | 77,7 % |
| Radiées | 24 976 | 17,9 % |
| Cessation d'activité enregistrée, non radiées | 3 430 | 2,5 % |
| Dissoutes, non radiées | 2 724 | 2,0 % |
| Ensemble | 139 501 | 100 % |
Parmi les 108 371 actives, 8 649 (8,0 %) sont sous procédure collective ou en sortent. 27 583 silencieuses (19,8 %) ont déposé au moins un exercice depuis, clos au-delà des 18 mois.
Trois silencieuses sur quatre sont toujours actives au registre. Rapporté à la cohorte entière, cela fait 15,6 % : quinze déposants sur cent sont, deux ans et demi plus tard, des sociétés vivantes, immatriculées, tenues de déposer, et muettes. La radiation n'explique que 17,9 % des silences, la cessation ou la dissolution enregistrées sans radiation 4,5 %. Le gisement des comptes publiés ne présente donc pas un trou : il s'érode, chaque année, et l'érosion est surtout le fait de survivantes.
Le silence n'a pas le même sens selon la taille. Chez les sociétés de moins de 100 000 euros de bilan, 12,2 % des silencieuses ont redéposé depuis et 25,8 % sont radiées ; au-delà de deux millions de bilan, 36,0 % ont redéposé et 15,0 % sont radiées. Pour une grande société, le silence est le plus souvent un retard ; pour une petite, une mise en sommeil ou une fin qui ne dit pas son nom.
Il faut le dire nettement : une société muette n'est pas une société fautive, et rien ici ne permet d'en inférer une dissimulation. Les explications légitimes sont nombreuses et l'étude ne les sépare pas. Une société en sommeil, sans activité, reste tenue de déposer ses comptes,9 mais beaucoup ne le font pas et le registre peut les radier au bout de deux ans. Une micro-entreprise, sous 450 000 euros de bilan, 900 000 euros de chiffre d'affaires et dix salariés,10 peut déposer ses comptes en demandant qu'ils ne soient pas rendus publics :11 ce dépôt existe au greffe, il n'apparaît pas dans les comptes diffusés, et cette étude le compte comme un silence, sans pouvoir dire combien de silences il explique. Au-dessus de ces seuils, l'option n'existe pas : le silence des sociétés de plus de deux millions de bilan, 10,7 % puis 7,2 %, est un plancher de non-dépôt réel. Enfin, un dépôt peut simplement être en retard : un dépôt sur dix arrive plus de dix-huit mois après la clôture.
Non-dépôt des comptes et risque de radiation : plus fort qu'une perte.
Si une société sur cinq cesse de déposer et que trois sur quatre restent actives, le silence annonce-t-il quelque chose ? Pour le mesurer, il faut une cohorte plus ancienne, suivie assez longtemps. Ce sont les 665 377 sociétés commerciales qui ont déposé un exercice clos en 2021 et qui étaient encore au registre dix-huit mois après la clôture. À cette date, 128 608 (19,3 %) n'avaient pas redéposé. Les deux années suivantes sont complètes pour toutes.
Figure 03 · Lecture au 05/09/2026
Cesser de déposer double le risque de radiation à deux ans ; avec une perte, il triple
Sociétés radiées dans les 24 mois, en %, selon le dépôt et le résultat de l'exercice 2021
Source : Base Hexagone Leads (registre et comptes annuels), 649 412 sociétés commerciales ayant déposé l'exercice 2021, au registre 18 mois après la clôture · Méthode : Exposition mesurée 18 mois après la clôture 2021 ; radiation ou cessation totale datée dans les 24 mois suivants ; 15 965 sociétés au résultat 2021 absent hors de la figure · Lecture au 05/09/2026 Voir les données Masquer les données
| Situation 18 mois après la clôture 2021 | Radiées à 24 mois |
|---|---|
| A redéposé, bénéfice | 3,4 |
| A redéposé, perte | 7,2 |
| Silencieuse, bénéfice | 8,4 |
| Silencieuse, perte | 15,0 |
Dans les deux ans, 4,4 % des sociétés qui avaient redéposé ont été radiées, contre 10,5 % des silencieuses. Ajusté sur la taille de bilan et l'âge, le rapport de risques vaut 1,96 (intervalle de confiance à 95 % : 1,92 à 2,01) : le silence double le risque. Une perte en 2021, chez une société qui a redéposé, le multiplie par 1,77. Les deux ensemble, par 3,32 : 15,0 % des sociétés silencieuses et déficitaires sont radiées dans les deux ans, contre 3,4 % de celles qui ont redéposé un exercice bénéficiaire. Le silence pèse plus que la perte, et il s'y ajoute.
| Total de bilan 2021 | A redéposé | Silencieuse |
|---|---|---|
| Moins de 250 k€ | 8,3 % | 14,3 % |
| 250 k€ à 1 M€ | 3,1 % | 7,1 % |
| 1 à 10 M€ | 2,7 % | 5,4 % |
| 10 M€ et plus | 3,0 % | 6,9 % |
Part radiée dans les 24 mois suivant le test de dépôt. 141 388 et 63 129 sociétés dans la première ligne, 40 656 et 2 593 dans la dernière.
Le doublement tient à toutes les tailles : de 8,3 à 14,3 % chez les plus petites, de 3,0 à 6,9 % au-delà de dix millions de bilan. Vu de l'autre côté, 36,6 % des sociétés radiées dans les deux ans étaient silencieuses, alors qu'elles ne faisaient que 19,3 % de la cohorte. Ce n'est pas un test de survie, c'est un signal : un risque doublé sur une base de 4 %, cela reste neuf silencieuses sur dix vivantes deux ans plus tard.
Comptes confidentiels : pas un non-dépôt.
Il existe une autre façon de publier moins : déposer en déclarant le compte de résultat confidentiel, ce que la loi permet aux petites entreprises.11 Le phénomène est réel mais d'une autre taille. Parmi les 370 438 sociétés de la cohorte 2022 qui avaient un compte de résultat public et qui ont redéposé, 17 119 (4,6 %) l'ont rendu confidentiel à l'exercice suivant, et 12 149 ont fait le chemin inverse. Le passage à la confidentialité touche une redéposante sur vingt-deux ; le silence, un déposant sur cinq. Les deux ne se traitent pas comme un continuum.
Le premier a pourtant des effets qu'il faut connaître. Sur les dépôts d'exercices clos en 2024, la part des comptes de résultat publics est tombée à 64,2 %, contre 87,0 % en 2016. Mesurée sur les seuls comptes publics, la part des sociétés déficitaires semble passer de 28,5 % à 33,0 % sur la période ; mesurée sur tous les dépôts, dont le résultat net reste lisible dans le bilan, elle passe de 27,3 % à 27,8 %. Les sociétés qui rendent leur compte de résultat confidentiel perdent moins souvent de l'argent que les autres, et leur retrait fabrique une fausse tendance. Cette étude ne fait pas la même erreur un étage plus haut : elle ne prétend pas savoir ce que gagnent ou perdent les silencieuses.
Délai de dépôt des comptes annuels : la loi et la pratique.
Figure 04 · Lecture au 05/09/2026
Un an après la clôture, un dépôt sur cinq manque encore, et il en arrive jusqu'à trois ans après
Part des dépôts d'un exercice reçus K mois après la clôture, en % des dépôts connus au 05/09/2026
- Clôtures 2019
- Clôtures 2020
- Clôtures 2021
Source : Base Hexagone Leads (comptes annuels déposés au registre, INPI), 2,13 M de dépôts d'exercices clos en 2019, 2020 et 2021, tous déposants · Méthode : Premier dépôt par société et par clôture ; délai entre la clôture et la date de dépôt au greffe · Lecture au 05/09/2026 Voir les données Masquer les données
| Mois après la clôture | Clôtures 2019 | Clôtures 2020 | Clôtures 2021 |
|---|---|---|---|
| 6 | 14,2 | 18,0 | 21,3 |
| 12 | 69,7 | 77,1 | 82,0 |
| 18 | 87,7 | 90,8 | 90,9 |
| 24 | 93,4 | 95,3 | 94,1 |
| 30 | 96,3 | 97,0 | 96,4 |
| 36 | 97,9 | 97,9 | 97,8 |
La loi laisse sept à huit mois entre la clôture et le dépôt. Six mois après la clôture, 14 à 21 % des dépôts sont arrivés ; neuf mois après, 48 à 62 % ; un an après, 70 à 82 % ; dix-huit mois après, environ 90 %. Il en arrive encore 2 % entre deux et trois ans après la clôture, et un peu au-delà. Deux conséquences. D'abord, une partie du silence est un retard : c'est ce qui fait remonter, cohorte après cohorte, la colonne « ont redéposé depuis ». Ensuite, un exercice récent se lit avec son calendrier : lu vingt mois après le 31 décembre 2024, l'exercice 2024 est à 92 % de son volume final, et une étude qui compterait les silencieuses de 2023 aujourd'hui (23,1 %) les surestimerait de deux à trois points. C'est pourquoi la cohorte de référence est 2022, et pourquoi son 20,1 % reculera encore d'un point ou deux.
55 % d'entreprises sans comptes déposés ? Un taux introuvable.
On voudrait un taux national : quelle part des sociétés soumises à l'obligation déposent ? Le registre compte 2 939 330 sociétés commerciales actives créées avant 2022. Pour 64,3 % d'entre elles, la base ne connaît aucun dépôt de comptes, sur aucun exercice depuis 2017, date à laquelle l'INPI a ouvert les comptes annuels à la réutilisation ;12 19,0 % ont déposé un exercice clos en 2024 ou après. Chez les sociétés anonymes, 85,8 % des 64 398 « actives » n'ont aucun dépôt connu, pour 6 849 qui ont déposé un exercice récent.
Ce dernier chiffre dit le problème : le stock des « actives » est gonflé de sociétés que le registre n'a pas encore radiées, parfois depuis des décennies, et notre étude sur la durée de vie des entreprises a montré que la radiation suit la cessation réelle avec des années de retard. L'ordre de grandeur d'Altares, plus d'une société sur deux sans dépôt,7 est compatible avec le nôtre, mais ni l'un ni l'autre ne mesure un taux de respect de l'obligation : le dénominateur est inconnu. La cohorte des déposants, elle, est une population observée, et ce qu'on lui fait dire est conditionnel et vérifiable : parmi celles qui déposaient, une sur cinq ne dépose plus.
Méthodologie complète
Population : sociétés commerciales (personnes morales dont la catégorie juridique commence par 5 : SARL, SAS, SA, SNC et formes voisines ; SCI exclues) présentes dans le registre diffusible, ayant déposé au moins un exercice clos dans l'année de cohorte ; pour une société ayant plusieurs clôtures dans l'année, la dernière fait foi. Dépôt : toute inscription au catalogue des comptes annuels de l'INPI, quel que soit le type de bilan, une par société et par date de clôture. Silence à N+1 : aucun exercice clos dans les 18 mois suivant la clôture n'est déposé à la date de lecture (05/09/2026) ; un exercice de 15 ou 18 mois consécutif à un changement de date de clôture compte comme un redépôt, et l'écart avec une définition par année civile vaut au plus 0,03 point. Retour : un dépôt existe pour un exercice clos au-delà de 18 mois. Situation au registre : statut consolidé (active, radiée, cessation totale enregistrée, dissoute), jamais reconstruit. Intervalles : Wilson à 95 %, sous ±0,1 point sur la cohorte et sous ±0,3 point sur toute tranche publiée ; ils ne sont pas dessinés. Signal : cohorte des déposants de l'exercice 2021, exposition mesurée 18 mois après la clôture (a redéposé ou non, croisé avec le signe du résultat 2021), restreinte aux sociétés au registre à cette date ; événement = radiation datée par la date de radiation ou, à défaut, de cessation totale, dans les 24 mois suivants, fenêtre complète pour toutes (dernière au 30/06/2025) ; trois dates de remplacement (01/01/1900, 25/12/1984, 25/12/1985) écartées, aucun autre filtre de date. Rapports de risques : régression de Poisson sur années-personnes actuarielles, lien logarithmique, effets fixes de strate (4 tranches de total de bilan × 3 tranches d'âge, 12 strates) et d'année de suivi, 35 493 radiations, 1 263 504 années-personnes ; sociétés sans bilan ou sans date de création exploitables exclues du modèle, présentes dans les incidences. Délais : premier dépôt par société et par clôture, tous déposants, exercices clos de 2018 à 2024 ; part cumulée rapportée aux dépôts connus au 05/09/2026, ce qui gonfle les parts hautes des exercices 2023 et 2024. Limites : la base ne contient que les comptes que l'INPI diffuse, depuis 2017 ; un dépôt sous confidentialité totale (micro-entreprises) n'y apparaît pas et compte ici comme un silence, dans une proportion que l'étude ne peut pas mesurer ; le registre lu exclut les entités non diffusibles, donc tout effectif est une borne basse ; les sociétés en nom collectif dont tous les associés sont des personnes physiques ne sont pas tenues de déposer et figurent dans la cohorte dès lors qu'elles ont déposé ; les dépôts arrivant plus de 32 mois après une clôture (environ 3 % du volume final) réduiront encore le silence mesuré sur la cohorte 2022. Aucune société n'est nommée ; tous les calculs sont faits sur des agrégats.
Ce que ça change pour vous.
Pour qui vérifie une entreprise avant de signer, la date des derniers comptes déposés vaut autant que l'état « active » du registre : une société qui n'a pas déposé l'exercice suivant a deux fois plus de chances d'être radiée dans les deux ans, trois fois si son dernier exercice était en perte. Ce n'est pas une raison de refuser, c'est une raison de demander. Pour qui suit un portefeuille de clients ou de fournisseurs, le silence est un événement à dater, plus précoce que la procédure collective et plus fréquent : chaque année, un cinquième des déposants sort des comptes publiés, dont les trois quarts sans que le registre enregistre rien. Pour qui étudie une population d'entreprises à partir de leurs comptes, la couverture s'érode d'un exercice à l'autre et l'érosion n'est pas aléatoire : elle touche les petites, les jeunes et les déficitaires, et toute statistique calculée « sur les sociétés qui déposent » doit dire qu'elle l'est. Pour vérifier les signaux d'une entreprise donnée, voir Entreprise en difficulté : comment savoir ? ; pour trouver ses comptes, Où trouver le chiffre d'affaires et les comptes d'une entreprise ? ; pour la lecture inverse, l'existence légale plutôt que la publication, Combien de temps vit une entreprise française ?.
Posez la question vous-même
« Parmi mes clients et fournisseurs (liste de SIREN), lesquels n'ont déposé aucun exercice clos depuis plus de 18 mois alors qu'ils sont toujours actifs au registre ? Donne pour chacun la date de la dernière clôture déposée, le total de bilan et le résultat de ce dernier exercice, et signale ceux qui étaient en perte. »
Questions fréquentes.
Quelle part des entreprises ne déposent pas leurs comptes en France ?
Aucun taux national n'est mesurable proprement : le registre compte des millions de sociétés « actives » qui n'ont plus d'activité, et Altares avance 55 % de sociétés sans dépôt en 2023. Ce que l'étude mesure est conditionnel : parmi les sociétés commerciales qui ont déposé leurs comptes 2022, 20,1 % n'ont déposé aucun exercice clos dans les dix-huit mois suivants.
Une société qui ne dépose plus ses comptes est-elle fermée ?
Le plus souvent, non. Sur les 139 501 sociétés qui ont cessé de déposer après l'exercice 2022, 77,7 % sont toujours actives au registre en septembre 2026, 17,9 % ont été radiées et 4,5 % ont enregistré une cessation ou une dissolution. Une sur cinq a redéposé depuis.
Le non-dépôt annonce-t-il une radiation ?
C'est un signal, pas un verdict. Sur la cohorte 2021, 10,5 % des sociétés qui n'avaient pas redéposé ont été radiées dans les deux ans, contre 4,4 % des autres ; à taille et âge égaux, le risque est doublé (rapport de risques 1,96), et triplé si le dernier exercice était en perte. Neuf silencieuses sur dix existent encore deux ans plus tard.
Quelle est la sanction pour non-dépôt des comptes ?
Une contravention de cinquième classe, 1 500 euros au plus, et la possibilité pour le président du tribunal de commerce d'enjoindre au dirigeant de déposer sous astreinte. Le dépôt doit intervenir dans le mois qui suit l'approbation des comptes, deux mois par voie électronique, l'approbation elle-même dans les six mois de la clôture.
Une société en sommeil doit-elle déposer ses comptes ?
Oui. La mise en sommeil suspend l'activité, pas les obligations : assemblée annuelle et dépôt des comptes restent dus, et au-delà de deux ans de sommeil le greffe peut radier la société d'office. Dans les faits, beaucoup de sociétés en sommeil cessent de déposer : elles font partie des silencieuses toujours actives.
Comment savoir si une entreprise a déposé ses comptes ?
Les comptes déposés au greffe sont diffusés par l'INPI et repris par les services qui publient les bilans ; la date de la dernière clôture déposée est l'information à regarder. Aucun exercice clos depuis plus de dix-huit mois alors que l'entreprise est active au registre, c'est le silence mesuré ici. Notre guide « Où trouver le chiffre d'affaires et les comptes d'une entreprise ? » détaille les sources.
Que signifie l'absence de comptes déposés pour une entreprise ?
Pas une fermeture, pas une fraude : le plus souvent une petite structure qui a ralenti, un dépôt en retard ou une mise en sommeil. C'est en revanche un signal de risque mesurable, à croiser avec les événements publiés au BODACC et l'état du registre avant de signer.
Rendre ses comptes confidentiels, est-ce cesser de publier ?
Pas au même degré. La confidentialité du compte de résultat, ouverte aux petites entreprises, laisse le bilan public : 4,6 % des redéposantes de la cohorte 2022 l'ont choisie à l'exercice suivant, contre 20,1 % de silence total. La confidentialité totale, réservée aux micro-entreprises, retire tout des comptes diffusés ; l'étude ne peut pas la distinguer d'un non-dépôt.
Sources
- Code de commerce, article L. 232-22 : dépôt des comptes annuels des sociétés à responsabilité limitée. En vigueur depuis le 01/01/2025. Consulté le 05/09/2026. www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000048535223
- Code de commerce, article L. 232-23 : dépôt des comptes annuels des sociétés par actions. En vigueur depuis le 03/05/2025. Consulté le 05/09/2026. www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000051559583
- Code de commerce, article L. 223-26 : approbation des comptes dans les six mois de la clôture. En vigueur depuis le 01/01/2025. Consulté le 05/09/2026. www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000048535091
- Code de commerce, article R. 247-3 : sanction du défaut de dépôt des comptes. En vigueur depuis le 27/03/2007. Consulté le 05/09/2026. www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006265627
- Code pénal, article 131-13 : montant des amendes contraventionnelles. Consulté le 05/09/2026. www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006417259
- Code de commerce, article L. 123-5-1 : injonction de déposer sous astreinte. En vigueur depuis le 16/05/2001. Consulté le 05/09/2026. www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006219291
- Moins de la moitié des entreprises françaises publient leurs comptes : quelles conséquences sur la transparence financière ?. Consulté le 05/09/2026. www.journaldunet.com/start-up/1536405-moins-de-la-moitie-des-entreprises-francaises-publient-leurs-comptes-quelles-consequences-sur-la-transparence-financiere/
- Nomenclature agrégée 2008 : niveau A10 de la NAF rév. 2. Consultée le 05/09/2026. www.insee.fr/fr/metadonnees/definition/c2083
- Cessation temporaire d'activité ou mise en sommeil. Mise à jour en février 2026. Consultée le 05/09/2026. bpifrance-creation.fr/encyclopedie/gerer-lentreprise/fermer-lentreprise/cessation-temporaire-dactivite-ou-mise-sommeil
- Code de commerce, article D. 123-200 : seuils des micro-entreprises et des petites entreprises. En vigueur depuis le 01/03/2024. Consulté le 05/09/2026. www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000049216681
- Code de commerce, article L. 232-25 : confidentialité des comptes annuels des micro-entreprises et du compte de résultat des petites entreprises. En vigueur depuis le 24/05/2019. Consulté le 05/09/2026. www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000038611013
- Open Data : l'INPI compte plus de 1 000 réutilisateurs des données du RNCS. Publié le 01/04/2019. Consulté le 05/09/2026. www.inpi.fr/open-data-l-inpi-compte-plus-de-1000-reutilisateurs-des-donnees-du-rncs
- Registre des entreprises et comptes annuels déposés. Mise à jour hebdomadaire et quotidienne. Lus le 05/09/2026.