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Étude · Commande publique

Marchés publics : 1 % des entreprises remportent la moitié des montants.

En bref

54,3 % des montants de la commande publique notifiés en douze mois vont à 1 % des titulaires : 665 groupes ou entreprises sur 66 532, avec un ticket d'entrée de 48 millions d'euros. Le décile supérieur en reçoit 85,3 %, la moitié basse 1,5 %. vérifié le 05/09/2026
0,897 indice de Gini de la répartition des montants entre titulaires, calculé sur 66 532 titulaires, chaque filiale comptée avec son groupe quand le lien est connu. 0 serait l'égalité parfaite, 1 un seul titulaire pour tout. vérifié le 05/09/2026
83 % contre 14,5 % part des dix premiers titulaires dans l'énergie et dans les travaux de construction. La concentration n'est pas une propriété de la commande publique, c'est une propriété de chaque marché. vérifié le 05/09/2026

Deux phrases vraies en même temps. « Les PME remportent 58 % des contrats publics », dit notre panorama de septembre, et l'Observatoire économique de la commande publique écrit la même chose pour 2024 : 60 % des marchés vont à des TPE et PME.1 « 1 % des entreprises remportent la moitié des montants », dit cette étude. Il n'y a pas de contradiction, seulement deux unités de compte : la première compte des contrats, la seconde des euros. Les PME gagnent des contrats ; le 1 % gagne des montants.

Cette étude mesure la seconde phrase, sur les données essentielles de la commande publique (DECP), que tout acheteur public doit publier pour chaque contrat au-delà de 40 000 euros hors taxes.2 Fenêtre : les contrats notifiés du 1er septembre 2025 au 31 août 2026, soit 294 325 contrats, 225,9 milliards d'euros, 66 666 titulaires identifiés par leur numéro SIREN, chaque filiale comptée avec son groupe quand une source publique les relie. La question est celle de la répartition : comment ces 225,9 milliards se distribuent-ils entre ceux qui les reçoivent ? Aucune publication officielle ne donne cette courbe, ni l'indice qui la résume.

Compter des contrats, compter des euros.

Figure 01 · Lecture au 05/09/2026

Le 1 % du haut reçoit la moitié des montants avec moins d'un contrat sur cinq ; la moitié basse, un contrat sur six pour 1,5 % des montants

Part des contrats et part des montants, en %, par bande de titulaires classés par montant reçu sur douze mois

  • Part des contrats
  • Part des montants
Source : Données essentielles de la commande publique (DECP), contrats notifiés du 01/09/2025 au 31/08/2026, 66 532 titulaires, filiales comptées avec leur groupe · Méthode : Montant d'un contrat partagé entre ses cotitulaires à parts égales ; un contrat partagé compte pour chaque cotitulaire dans la part des contrats ; filiales fondues dans leur tête de groupe quand Wikidata la connaît · Lecture au 05/09/2026 Voir les données Masquer les données
Données de la figure 01
Bande de titulairesPart des contratsPart des montants
0,1 % du haut5,525,7
reste du 1 %12,828,6
de 1 à 5 %16,522,3
de 5 à 10 %11,58,7
de 10 à 50 %37,813,2
moitié basse16,01,5

Classons les 66 532 titulaires (une entreprise, ou un groupe quand ses filiales lui sont reliées) par le montant qu'ils ont reçu sur douze mois, du plus petit au plus grand, et découpons la file en bandes. Les 66 titulaires du sommet, un millième de la population, reçoivent 25,7 % des montants. Les 665 du 1 % en reçoivent 54,3 %, avec 18,2 % des contrats. Le décile supérieur, 6 653 titulaires, reçoit 85,3 % des montants. La moitié basse, 33 292 titulaires, se partage 1,5 % de l'argent, et cela pour 16 % des contrats : ce sont les petits marchés, un par titulaire le plus souvent.

BandeTitulairesMontantPart des montantsPart des contratsTicket d'entrée
0,1 % du haut6657,2 Md€25,7 %5,5 %325 M€
Le 1 % (cumul)665120,9 Md€54,3 %18,2 %48,1 M€
Les 5 % (cumul)3 326170,6 Md€76,6 %34,7 %8,9 M€
Le décile (cumul)6 653189,9 Md€85,3 %46,2 %3,9 M€
Moitié basse33 2923,3 Md€1,5 %16,0 %

Bandes de la figure : 66, 599, 2 661, 3 327, 26 587 et 33 292 titulaires. Montants attribués à chaque titulaire après partage des contrats cotitulaires à parts égales (222,6 Md€ sur les 225,9 du total, le reste étant sans titulaire identifiable ou sans montant). Le ticket d'entrée est le montant du plus petit titulaire de la bande. Un contrat partagé est compté une fois par cotitulaire dans la part des contrats.

Le profil type des deux bouts de la file dit la même chose autrement. Le titulaire médian du 1 % a signé 45 contrats avec 19 acheteurs différents, pour 87 millions d'euros. Le titulaire médian des 99 % restants a signé deux contrats avec un seul acheteur, pour 263 000 euros.

Ce 54,3 % compte les groupes, et pas seulement les entités juridiques, là où le lien est connu. Les données de la commande publique ne portent pas la structure des groupes, et les rôles déclarés au registre ne relient pas une société anonyme à son actionnaire : mesurée par entité juridique, la part du 1 % est de 53,7 %. Wikidata décrit les liens de contrôle des grands groupes,3 et relie 393 de nos 66 642 entités à une tête de groupe, dont 274 à une tête française identifiée par son SIREN : 0,6 % des titulaires, mais 13 % des montants et 16 des 100 premiers. Nous avons fondu ces filiales dans leur tête, ce qui ramène la population à 66 532 titulaires et porte le 1 % de 53,7 % à 54,3 %, le 0,1 % de 24,2 % à 25,7 % ; l'indice de Gini ne bouge pas. Le rattachement ne couvre que les groupes qu'une encyclopédie décrit : le chiffre reste une borne basse de la concentration par groupe, mais l'écart connu est de l'ordre du point, pas de la dizaine.

La courbe de Lorenz.

Figure 02 · Lecture au 05/09/2026

Il faut les 90 % de titulaires les plus petits pour atteindre 15 % des montants

Part cumulée des montants reçue par la part cumulée des titulaires, classés du plus petit au plus grand

Source : Données essentielles de la commande publique (DECP), contrats notifiés du 01/09/2025 au 31/08/2026, 66 532 titulaires, filiales comptées avec leur groupe · Méthode : Courbe tracée sur 100 centiles de titulaires agrégés côté base ; indice de Gini exact 0,897, calculé sur les 66 532 titulaires · Lecture au 05/09/2026 Voir les données Masquer les données
Données de la figure 02
CatégorieValeur
Décile 00,0 %
Décile 10,0 %
Décile 20,0 %
Décile 30,0 %
Décile 40,0 %
Décile 50,0 %
Décile 60,0 %
Décile 70,0 %
Décile 80,0 %
Décile 90,0 %
Décile 100,1 %
Décile 110,1 %
Décile 120,1 %
Décile 130,1 %
Décile 140,1 %
Décile 150,1 %
Décile 160,1 %
Décile 170,1 %
Décile 180,1 %
Décile 190,2 %
Décile 200,2 %
Décile 210,2 %
Décile 220,2 %
Décile 230,2 %
Décile 240,3 %
Décile 250,3 %
Décile 260,3 %
Décile 270,3 %
Décile 280,4 %
Décile 290,4 %
Décile 300,4 %
Décile 310,4 %
Décile 320,5 %
Décile 330,5 %
Décile 340,6 %
Décile 350,6 %
Décile 360,6 %
Décile 370,7 %
Décile 380,7 %
Décile 390,8 %
Décile 400,8 %
Décile 410,9 %
Décile 420,9 %
Décile 431,0 %
Décile 441,1 %
Décile 451,1 %
Décile 461,2 %
Décile 471,2 %
Décile 481,3 %
Décile 491,4 %
Décile 501,5 %
Décile 511,6 %
Décile 521,6 %
Décile 531,7 %
Décile 541,8 %
Décile 551,9 %
Décile 562,0 %
Décile 572,1 %
Décile 582,3 %
Décile 592,4 %
Décile 602,5 %
Décile 612,6 %
Décile 622,8 %
Décile 632,9 %
Décile 643,1 %
Décile 653,3 %
Décile 663,5 %
Décile 673,6 %
Décile 683,9 %
Décile 694,1 %
Décile 704,3 %
Décile 714,5 %
Décile 724,8 %
Décile 735,1 %
Décile 745,3 %
Décile 755,6 %
Décile 766,0 %
Décile 776,3 %
Décile 786,7 %
Décile 797,1 %
Décile 807,5 %
Décile 818,0 %
Décile 828,5 %
Décile 839,0 %
Décile 849,6 %
Décile 8510,2 %
Décile 8611,0 %
Décile 8711,8 %
Décile 8812,6 %
Décile 8913,6 %
Décile 9014,7 %
Décile 9115,9 %
Décile 9217,4 %
Décile 9319,0 %
Décile 9421,0 %
Décile 9523,4 %
Décile 9626,4 %
Décile 9730,3 %
Décile 9835,8 %
Décile 9945,7 %
Décile 100100,0 %

La courbe de Lorenz se lit ainsi : on avance sur l'axe horizontal en ajoutant les titulaires du plus petit au plus grand, et on lit sur l'axe vertical la part des montants que ces titulaires ont reçue ensemble. Si l'argent était réparti à parts égales, la courbe serait la diagonale : 10 % des titulaires auraient 10 % des montants. Le ventre de la courbe sous la diagonale est l'inégalité, et l'indice de Gini est le rapport entre cette aire et l'aire totale sous la diagonale : 0 pour l'égalité parfaite, 1 si un seul titulaire recevait tout.4 Ici, la courbe reste collée au plancher sur presque toute sa longueur, puis se redresse à la verticale dans le dernier centile : il faut ajouter 90 % des titulaires pour atteindre 15 % des montants, et le dernier centile apporte à lui seul 54,3 %. L'indice vaut 0,897.

Une distribution aussi étirée fait penser à une loi de Pareto, où le sommet obéit à la même règle d'échelle que le reste. Nous l'avons testée : l'exposant estimé sur la queue dépend du seuil auquel on la coupe, de 1,4 sur les cent premiers titulaires à 1,2 au seuil du 1 % et 0,9 au seuil du décile, alors qu'une loi de puissance donnerait une valeur constante. La commande publique n'est donc pas un processus sans échelle, et le « 1 % » n'est pas un seuil que la donnée impose : c'est une convention de lecture, empruntée aux études sur les revenus. À 0,1 %, 5 % ou 10 %, la phrase resterait vraie avec un autre chiffre, et le tableau ci-dessus les donne tous. Ce que la forme de la courbe dit, c'est que la concentration n'est pas le fait de quelques géants hors norme, les 66 premiers pèsent un quart, mais d'une pente continue sur tout le haut de la distribution.

Ce n'est pas la même concentration selon ce qu'on achète.

Figure 03 · Lecture au 05/09/2026

Dans l'énergie, dix titulaires reçoivent 83 % des montants ; dans les travaux, 14,5 %

Part des dix premiers titulaires dans les montants de la division, en %, pour les douze divisions CPV qui pèsent le plus

Source : Données essentielles de la commande publique (DECP), contrats notifiés du 01/09/2025 au 31/08/2026 · Méthode : Division CPV déclarée par l'acheteur (deux premiers caractères du code principal) ; montant partagé entre cotitulaires ; libellés abrégés, la nomenclature officielle fait foi · Lecture au 05/09/2026 Voir les données Masquer les données
Données de la figure 03
Division CPVValeur
09 · Énergie, électricité83,4
30 · Informatique, bureautique69,2
34 · Matériel de transport62,1
39 · Mobilier, équipements32,5
72 · Services informatiques30,4
50 · Réparation, entretien30,3
60 · Services de transport27,9
90 · Environnement, déchets26,6
33 · Matériel médical22,7
45 · Travaux de construction14,5
71 · Architecture, ingénierie13,2
79 · Services aux entreprises12,0

Le chiffre national cache des marchés qui n'ont rien en commun. Les contrats sont classés par le vocabulaire commun des marchés publics (CPV), dont les divisions à deux chiffres donnent la lecture sectorielle.5 Sur les 27 divisions qui dépassent le milliard d'euros en douze mois, la part des dix premiers titulaires va de 12 % à 83 %.

Division CPVMontantTitulairesPart des dix premiers
09 · Énergie, combustibles, électricité13,6 Md€1 10083,4 %
30 · Matériel informatique et de bureau7,7 Md€86469,2 %
34 · Matériel de transport15,6 Md€2 46262,1 %
39 · Mobilier et équipements4,0 Md€2 20632,5 %
72 · Services informatiques11,7 Md€2 41130,4 %
50 · Réparation et entretien6,6 Md€3 45130,3 %
60 · Services de transport4,5 Md€1 39727,9 %
90 · Environnement, déchets, nettoyage17,4 Md€3 61326,6 %
33 · Matériel et produits médicaux16,6 Md€1 46322,7 %
45 · Travaux de construction66,4 Md€25 68414,5 %
71 · Architecture, ingénierie, contrôle10,7 Md€11 95313,2 %
79 · Services aux entreprises5,9 Md€6 29412,0 %

Les douze divisions dont le montant est le plus élevé, classées par concentration décroissante. Montants après partage des contrats cotitulaires ; libellés abrégés.

La plus grosse division est la moins concentrée. Les travaux de construction, 66,4 milliards d'euros, près d'un tiers de la commande publique mesurée, laissent 85 % de leur montant hors des dix premiers titulaires, groupes compris : 25 684 titulaires s'y partagent le marché, et l'ingénierie qui les accompagne (10,7 Md€, 11 953 titulaires) est aussi ouverte. L'énergie fait l'inverse : dix titulaires prennent 83 % de 13,6 milliards, parce que la fourniture d'électricité et de gaz est le fait de quelques fournisseurs nationaux. Le matériel informatique et le matériel de transport suivent, à 69 % et 62 % : des marchés de constructeurs et de grossistes, où l'acheteur choisit parmi une offre courte. Le matériel médical, souvent décrit comme un marché fermé, ne l'est pas tant à cette échelle : 22,7 % pour ses dix premiers, parce que ses 16,6 milliards se répartissent sur des milliers de références et de fabricants.

Un fournisseur ou un acheteur n'a pas besoin du chiffre national. Il a besoin du sien : la concentration de son marché, sur son territoire, sur les douze derniers mois. C'est le même calcul, refait sur un autre périmètre.

Vue depuis l'acheteur.

La concentration se lit aussi dans l'autre sens. Les 665 titulaires du 1 % travaillent avec 6 909 acheteurs publics distincts sur 12 608, soit 54,8 % des acheteurs. Pour 2 479 d'entre eux (19,7 %), ces 665 titulaires reçoivent au moins la moitié de l'argent que l'acheteur a engagé sur douze mois ; pour 1 207 (9,6 %), au moins 80 %. Le sujet n'est pas seulement « les gros gagnent » : c'est qui dépend de qui. Un acheteur dont quatre cinquièmes des montants vont à des entreprises du 1 % négocie avec des fournisseurs pour lesquels il est un client parmi vingt.

Type d'acheteurMontantPart des dix premiers titulairesPart du 1 %
Établissement public industriel et commercial24,7 Md€50,1 %74,1 %
Syndicat mixte24,3 Md€43,1 %62,8 %
État11,7 Md€28,8 %48,6 %
Département d'outre-mer2,3 Md€27,1 %21,0 %
Région12,1 Md€22,0 %42,0 %
Département19,4 Md€17,8 %44,4 %
Établissement hospitalier16,2 Md€12,9 %34,0 %
Groupement de communes41,7 Md€13,2 %47,5 %
Commune35,2 Md€11,6 %41,4 %
Type non renseigné35,1 Md€9,4 %46,6 %

« Part des dix premiers titulaires » : part des montants du type d'acheteur reçue par ses dix premiers fournisseurs. « Part du 1 % » : part reçue par les 665 titulaires du 1 % national. Le type d'acheteur manque sur 15,8 % des montants ; la ligne est gardée telle quelle, jamais répartie. Lecture du 05/09/2026.

Ce sont les acheteurs les plus techniques et les plus centralisés qui concentrent : les établissements publics industriels et commerciaux envoient la moitié de leurs montants à dix fournisseurs, les syndicats mixtes 43 %. L'État est à 29 %. Le bloc communal, communes et groupements réunis, est le premier acheteur public de France dans ces données avec 76,9 milliards d'euros, et le moins concentré sur ses dix premiers fournisseurs : 12 à 13 %. Rapporté au 1 % national, l'écart se resserre, entre 41 % et 48 % pour toutes les collectivités : les mêmes grandes entreprises sont présentes partout, mais nulle part elles ne dominent une commune comme elles dominent un EPIC.

Le 1 % n'est pas « les grandes entreprises ».

Catégorie du titulaire6TitulairesPart des titulairesMontantPart des montantsDans le 1 %
PME53 50480,3 %74,0 Md€33,3 %106 titulaires, 13,8 Md€
ETI6 83910,3 %69,7 Md€31,3 %268 titulaires, 43,9 Md€
Grandes entreprises2 6113,9 %74,1 Md€33,3 %280 titulaires, 59,6 Md€
Catégorie non renseignée3 6885,5 %4,8 Md€2,1 %12 titulaires, 2,2 Md€

Catégorie déclarée sur le contrat, ramenée à une valeur par titulaire (la plus fréquente). Montants après partage des contrats cotitulaires, d'où une part PME de 33,3 % ici contre 35,9 % dans le panorama de septembre, où un contrat partagé compte en entier pour chaque catégorie présente.

La catégorie est un attribut de l'entreprise, pas du groupe : ce tableau reprend la lecture par entité juridique, où le 1 % compte 666 titulaires pour 53,7 % des montants. Ce 1 % compte 280 grandes entreprises, 268 entreprises de taille intermédiaire et 106 PME. Une PME peut y entrer : il faut 49 millions d'euros de contrats sur douze mois, et 106 y arrivent. Mais 106 PME sur 53 504, c'est 0,2 %. C'est le chiffre qui réconcilie les deux phrases de l'introduction. Les PME sont 80 % des titulaires et reçoivent un tiers des montants ; les grandes entreprises sont 4 % des titulaires et reçoivent le même tiers. L'Observatoire économique de la commande publique trouve, sur l'année 2024 et un périmètre différent, 60 % des marchés et 25 % des montants pour les TPE et PME1 : la même géométrie, à quelques points près qui s'expliquent par le périmètre (l'observatoire compte les TPE avec les PME, exclut les concessions, et ne recense que ce qui lui remonte, 223 383 marchés pour 233,3 milliards d'euros).

Ce que le chiffre ne dit pas.

Il ne dit pas la dépense. Le montant publié est celui du contrat à sa notification, forfait ou maximum estimé : un accord-cadre à plafond élevé et peu exécuté pèse autant qu'un marché ferme dépensé en totalité. On mesure des contrats attribués sur douze mois, jamais un budget ni un chiffre d'affaires.

Il ne dit pas toute la commande publique. L'obligation de publication commence à 40 000 euros hors taxes2 ; en dessous, un achat existe mais n'a pas à être publié contrat par contrat. Nos données en contiennent 45 095 sous ce seuil, publiés volontairement, mais ils ne pèsent que 0,75 milliard, 0,3 % du total. Les petits titulaires sont donc sous-représentés, ce qui, là encore, sous-estime la concentration plutôt qu'il ne la gonfle.

Il repose sur une hypothèse pour les contrats partagés, et cette hypothèse est auditable. 25 295 contrats, 31,6 milliards d'euros, soit 14 % du total, ont plusieurs titulaires. La source ne publie aucune clé de répartition entre eux : l'étude attribue à chacun une part égale du montant, seule règle qui conserve le total. Sous la règle inverse, le montant entier à chaque cotitulaire, le 1 % capte 46,6 % au lieu de 54,3 %, et l'indice de Gini 0,888 au lieu de 0,897 : la conclusion ne dépend pas de la règle.

Régime des contrats partagésContratsMontant
Sans groupement déclaré10 75812,8 Md€
Groupement solidaire9 15712,0 Md€
Groupement conjoint5 2646,7 Md€
Régime non renseigné1160,1 Md€
Ensemble25 29531,6 Md€

Les 10 758 contrats à plusieurs titulaires sans groupement déclaré sont, pour l'essentiel, des accords-cadres attribués à plusieurs entreprises, où chacune exécutera les commandes qu'on lui passe : personne n'y détient une part fixe, et le partage à parts égales y est une convention, énoncée comme telle.

HEXAGONE LEADS · SESSION
Quelle part des montants de la commande publique va au 1 % des titulaires qui reçoivent le plus, et cette concentration est-elle la même dans tous les secteurs ?
Données essentielles de la commande publique (DECP) (contrats notifiés du 01/09/2025 au 31/08/2026, montants suspects écartés, contrats partagés divisés entre cotitulaires)
294 325 contrats, 225,9 Md€, 66 532 titulaires, filiales comptées avec leur groupe
Classement des titulaires par montant reçu (parts cumulées par bande, indice de Gini sur la population entière)
1 % = 54,3 %, décile = 85,3 %, moitié basse = 1,5 %, Gini 0,897
Concentration par division CPV (part des dix premiers titulaires, divisions au-dessus du milliard)
énergie 83,4 %, travaux de construction 14,5 %
Sur douze mois, 665 titulaires (1 %) reçoivent 54,3 % des montants notifiés ; la moitié basse des titulaires en reçoit 1,5 %. La concentration dépend du marché : dix titulaires reçoivent 83 % des montants de l'énergie, 14,5 % de ceux des travaux de construction. Filiales comptées avec leur groupe là où Wikidata le connaît ; par entité juridique, le 1 % capte 53,7 %.
Méthodologie complète

Périmètre : données essentielles de la commande publique (DECP), version courante de chaque contrat, dont la date de notification est comprise entre le 1er septembre 2025 et le 31 août 2026 inclus, France entière, tous acheteurs ; liste des données et formats fixés par l'arrêté du 22 décembre 2022,7 seuil de publication fixé par l'article R. 2196-1 du code de la commande publique.2 Unité de compte : le titulaire, identifié par son numéro SIREN et fondu dans sa tête de groupe quand une source publique la connaît (voir Groupes), sur douze mois de notifications ; ni l'établissement, ni le contrat. Population : 66 666 entités identifiées, dont 66 642 mesurables (24 n'ont aucun contrat au montant renseigné ; elles sont exclues, non comptées à zéro), ramenées à 66 532 titulaires après rattachement des filiales. Exclusions : 6 118 contrats dont la source qualifie le montant de suspect (5 253) ou d'aberrant (865) ; 4 699 lignes sans SIREN français exploitable (4,4 Md€ : entreprises étrangères, identifiants ultramarins) ; 301 lignes sans montant. Attribution des contrats partagés : une ligne par cotitulaire dans la source, portant à chaque fois le montant entier du contrat ; l'étude divise ce montant par le nombre de cotitulaires, faute de clé de répartition publiée ; 25 295 contrats sont concernés, pour 31,6 Md€ ; 4 875 autres contrats répètent un même titulaire sur plusieurs lignes et comptent pour un seul. La variante « montant entier à chaque cotitulaire » donne 46,6 % au 1 % et un Gini de 0,888. Bandes : titulaires classés par montant décroissant, bornes à 0,1 %, 1 %, 5 %, 10 % et 50 % de la population ; ticket d'entrée = montant du dernier titulaire de la bande. Indice de Gini : formule exacte des rangs sur les 66 532 titulaires, calculée côté base ; la courbe de Lorenz publiée est tracée sur 100 centiles agrégés côté base, dont le Gini par classes (0,894) est une borne basse attendue. Test de Pareto : estimateur de Hill et pente rang-taille sur les k plus gros titulaires pour k de 66 à 13 328 ; l'exposant décroît de 1,43 à 0,80 sans plateau, ce qui exclut une loi de puissance unique (un Gini de 0,897 sous une telle loi impliquerait un exposant de 1,06 et une part du 1 % de 77 %). Secteurs : division CPV des deux premiers caractères du code principal déclaré ; 27 divisions dépassent le milliard d'euros sur la fenêtre, la figure retient les douze dont le montant est le plus élevé. Type d'acheteur : tel que déclaré, non renseigné sur 15,8 % des montants. Catégorie d'entreprise : celle déclarée sur le contrat, ramenée à la valeur la plus fréquente par titulaire ; non renseignée pour 3 688 titulaires. Groupes : rattachement des filiales à leur tête de groupe par les liens de contrôle de Wikidata (filiale, organisation mère détenant 50 % ou plus), la tête étant identifiée par son SIREN,3 mesuré le 5 septembre 2026 : 393 entités décrites (0,6 %, 13,3 % des montants), dont 274 rattachées à une tête française et 188 fondues dans une autre entité ; les 119 filiales dont la tête n'a pas de SIREN (État actionnaire, groupes étrangers) restent comptées séparément (les fondre par tête donnerait 54,4 % au 1 %). Par entité juridique, sans rattachement : 1 % 53,7 %, 0,1 % 24,2 %, 5 % 76,5 %, décile 85,2 %, Gini 0,897, dix premiers titulaires des travaux de construction 12,6 %. Le rattachement ne couvre que les groupes décrits sur Wikidata : les chiffres publiés restent une borne basse de la concentration par groupe. Couverture : 45 095 contrats sous 40 000 € HT figurent dans les données (publications volontaires) pour 0,3 % du total ; le montant est celui de la notification, pas de l'exécution ; un contrat modifié n'apparaît que dans sa version courante ; les DECP sont déclaratives et publiées avec retard, le dernier mois est structurellement incomplet. Aucune entreprise n'est nommée, aucun classement n'est publié : tous les calculs sont des agrégats. Données lues le 3 septembre 2026, vérifiées le 4 septembre 2026 sur une version de la base qui déduplique les lignes répétées de la source ; rattachement aux groupes mesuré le 5 septembre 2026.

Ce que ça change pour vous.

Pour un fournisseur, la question n'est pas le chiffre national, c'est le sien : dans ma division CPV, sur mon territoire, combien de titulaires se partagent les montants, qui sont les dix premiers, et quelle part reste aux autres ? Un marché à 12 % pour les dix premiers est un marché où l'on entre ; un marché à 83 % est un marché où l'on entre en cotraitance ou pas du tout. Pour un acheteur public, la lecture inverse est celle de sa dépendance : quelle part de mes montants va à mes dix premiers fournisseurs, et à combien d'acheteurs ces fournisseurs vendent-ils par ailleurs ? Pour un directeur commercial déjà titulaire, la comparaison qui compte est celle de sa propre position dans la file : à quel centile suis-je, et de combien suis-je loin du ticket d'entrée de la bande supérieure ? Chacune de ces questions est le calcul de cette étude, refait sur un périmètre. Pour le panorama d'ensemble, qui gagne quoi, dans quels secteurs, par quelle procédure, voir « Marchés publics : qui remporte les contrats ? Douze mois de données ».

Posez la question vous-même

« Sur les douze derniers mois, pour les marchés publics de mon secteur (code CPV ou activité) et de ma région, combien de titulaires distincts se partagent les montants, quelle part reçoivent les dix premiers, et à quel centile se situe mon entreprise ? Compare avec la concentration nationale. »

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Questions fréquentes.

Quelle part des marchés publics revient aux plus grands titulaires ?

Sur les douze mois à fin août 2026, 1 % des titulaires (665 sur 66 532, chaque filiale comptée avec son groupe quand le lien est connu) reçoivent 54,3 % des montants notifiés, le décile supérieur 85,3 %, la moitié basse 1,5 %. Par entité juridique, sans rattachement, le 1 % capte 53,7 % ; le rattachement ne couvrant que les groupes décrits sur Wikidata, ces parts restent une borne basse.

Qu'est-ce que l'indice de Gini et que vaut-il ici ?

Un indice de répartition compris entre 0 (tous les titulaires reçoivent le même montant) et 1 (un seul reçoit tout). Il vaut 0,897 pour les montants de la commande publique entre titulaires sur douze mois. C'est l'aire entre la courbe de Lorenz et la diagonale d'égalité, rapportée à l'aire sous la diagonale.

Les PME sont-elles désavantagées dans la commande publique ?

Elles remportent 58 % des contrats et reçoivent un tiers des montants ; les grandes entreprises, 4 % des titulaires, reçoivent le même tiers. Ce n'est pas un désavantage à contrat égal, c'est la taille des contrats : une PME gagne des marchés de 400 000 euros en moyenne, une grande entreprise de 1,4 million. Dans les travaux ou l'ingénierie, les dix premiers titulaires pèsent 13 à 15 % : ce sont des marchés ouverts.

La concentration de la commande publique augmente-t-elle ?

Cette étude est une photographie sur douze mois, pas une série. Une comparaison avec les années antérieures à 2024 subirait la rupture du seuil de publication, passé de 90 000 à 40 000 euros HT au 1er janvier 2024. À l'échelle européenne, la Cour des comptes européenne constate que la part des procédures n'ayant reçu qu'une seule offre est passée de 23,5 % en 2011 à 41,8 % en 2021, et le nombre moyen de soumissionnaires de 5,7 à 3,2 : la concentration n'est pas une singularité française.8

Pourquoi 54,3 % et pas un autre chiffre ?

Parce que le « 1 % » est une convention de lecture, pas un seuil que la donnée impose. Nous avons testé si la distribution suivait une loi de Pareto ; elle ne le fait pas, l'exposant varie avec le seuil. Le tableau des bandes donne les parts à 0,1 %, 1 %, 5 %, 10 % et 50 % pour que chacun lise celle qui lui parle. Et si l'on attribue à chaque cotitulaire le montant entier d'un contrat partagé plutôt qu'une part égale, le 1 % capte 46,6 % : la conclusion ne dépend pas de la règle.

Pourquoi vos totaux diffèrent-ils des chiffres officiels ?

L'Observatoire économique de la commande publique recense 223 383 marchés pour 233,3 milliards d'euros en 2024 ; nous mesurons 294 325 contrats pour 225,9 milliards sur douze mois glissants à fin août 2026, sur les données essentielles publiées par les acheteurs, en comptant chaque contrat une fois même quand il a plusieurs titulaires. Les périmètres diffèrent (année civile, concessions, seuils, remontée déclarative), pas la géométrie : 60 % des marchés et 25 % des montants aux TPE et PME chez l'observatoire, 58 % et 33 % ici.

Sources

  1. Observatoire économique de la commande publique, direction des affaires juridiques, ministère de l'Économie. Les chiffres des marchés publics 2024, recensement économique de la commande publique. Paru en mars 2026. Consulté le 04/09/2026. www.economie.gouv.fr/files/files/directions_services/daj/media-document/Recensement2024-0326DEF.pdf
  2. Légifrance. Article R. 2196-1 du code de la commande publique, publication des données essentielles. Version en vigueur depuis le 01/01/2024. Consulté le 04/09/2026. www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000045739606
  3. Wikimedia Foundation. Wikidata, propriétés « filiale » (P355), « organisation mère » (P749) et « numéro SIREN » (P1616), liens de contrôle des groupes. Lus le 05/09/2026. www.wikidata.org/wiki/Property:P749
  4. INSEE. Indice de Gini, définition. Consultée le 04/09/2026. www.insee.fr/fr/metadonnees/definition/c1551
  5. Commission européenne, EUR-Lex. Règlement (CE) n° 213/2008 modifiant le vocabulaire commun pour les marchés publics (CPV), annexe I. Publié au JO L 74 du 15/03/2008. Consulté le 04/09/2026. eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/HTML/?uri=CELEX:32008R0213
  6. INSEE, décret n° 2008-1354 du 18 décembre 2008. Catégorie d'entreprise, définition. Consultée le 04/09/2026. www.insee.fr/fr/metadonnees/definition/c1057
  7. Légifrance, JORF du 01/01/2023. Arrêté du 22 décembre 2022 relatif aux données essentielles des marchés publics. Consulté le 04/09/2026. www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000046850496
  8. Cour des comptes européenne. Rapport spécial 28/2023, Marchés publics dans l'Union européenne : moins de concurrence pour les contrats attribués sur la période 2011-2021. Publié le 04/12/2023. Consulté le 04/09/2026. www.eca.europa.eu/en/publications/sr-2023-28
  9. DECP, ministère de l'Économie. Données essentielles de la commande publique, marchés attribués. Contrats notifiés jusqu'au 29/08/2026. Lues le 03/09/2026. Vérifiées le 04/09/2026.

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